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dimanche 9 mars 2014

Nouvelle : L’INITIATION DE CABANGA,



                                                                         
                  Nouvelle :                                            

                        L’INITIATION DE CABANGA,

       Cabanga remémorait les conseils des  ancêtres  pour se donner le courage qui lui manquait ou qu’il lui fallait dans pareille nuit de solitude vouée à l’initiation. Pendant  un moment, il crût qu’il allait passer la nuit, toute entière, tout éveillé, alerte, l’esprit et le corps prêts à toute éventualité, surtout, celles des plus graves, des plus sinistres, s’imaginant à plusieurs reprises être proie de certains dangereux carnivores de la savane, surtout, quand certains ,affamés, seraient  attirés par l’odeur du Vivant que la brise nocturne, se levant, portait à leurs naseaux expérimentés. Être proie à leurs crocs acérés, déchiqueté en plusieurs endroits, faisait que son souffle se précipitait au rythme saccadé de son cœur battant la chamade,…

        Dans les oreilles, il avait encore le résonnement de la fête célébrée à son honneur, la veille de son voyage initiatique : Ce fut le vacarme où se mêlaient les youyous des femmes, les vociférations anonymes, les cris de joie, les chants de victoire des jeunes cousins, aux bruits des tamtams et des tambours et cette danse improvisée :  danse des esprits, transe envoûtant tout le village en fête à l’honneur des ancêtres et à leur tradition éternelle.

       Lui, Cabanga, le demi-dieu, petit-fils du Chaman. L’élu, parmi les siens, que toutes les voyances préconisaient comme l’homme au singulier destin. Beaucoup de signes montrèrent dès sa petite enfance qu’il ne pouvait être touché d’aucune épidémie qui sévissait  en cette région d'Afrique, engloutissant son village dans une débâcle des plus sinistres, imposant à sa famille la fuite dans une autre contrée où le désastre ne se montrait pas encore.

       Lui, que toutes les cousines se disputaient la bonne compagnie dans leurs jeux puérils. Elles, aux atours de bonnes intentions, parfaitement excisées, prêtes à l'accouplement et à l'enfantement,  avec leurs poitrines alléchantes, brillant au contact de ce soleil d’Afrique, grâce à l’enduit  argileux rougeâtre  mélangé à de la sève de l'hévéa, une sorte de latex qu'on extrayait de l'arbre sur pied : onction prescrite par les Chamans-femmes pour se protéger des rayons solaires et d’adoucir la pigmentation de la peau de jour comme de nuit, ou durant les soirées de transe, dédiées au souvenir des morts et à la mémoire des ancêtres. Ces soirées masquées, rythmées qui duraient jusqu'à ce que Le jour ait pointé à l'horizon, avec les couleurs sobres de l'aube, comme pour exorciser les esprits de la forêt.
       Lui, toujours, que les jeunes de son âge jalousaient durant les concours de chasse à la gazelle alezane et au zèbre fougueux, où il avait les meilleures chances, sachant manipuler aussi bien la sarbacane que le javelot et le tir à l’arc.
       Il avait à penser  à son initiation au monde des ancêtres, à la chasse du surlendemain, à la reconnaissance des dieux de la forêt, de la savane et de la jungle,  en sympathisant avec tous les Totems, dans sa retraite initiatique.
       Mais son esprit ne pouvait s'empêcher d'être étiré, tantôt,vers le souvenir des siens, tantôt, étiré vers la sacralité de ces moments de méditation chamanistique.
        Il lui fallait percer les secrets de la connaissance et de la sagesse des Chamans. Devenir maître de soi et du reste du monde, surtout des vivants féroces dans ces lieux hostiles.
       Seul, plongeant dans la nuit à la voûte céleste et étoilée, captant la magie de l’univers infini, face à tous les dangers imprévisibles annoncés par les fauves de la jungle.
       Il se souvint des danses mixtes des fiançailles, où, seul, lui, pouvait bien aimanter l’attention de l’assistance, sous le regard observateur des sages et du Chaman : le blanc des yeux était si limpide, la blancheur de sa dentition ne  pouvait être égalée que par les neiges éternelles des cimes du Kilimandjaro.
       Il avait de ces atouts secrets des dieux, l'inspiration et le don d'attirer ainsi vers lui toutes les bonnes et les meilleures intentions de tous. Il savait qu’il allait maintenant prendre la voie de la connaissance, le chemin de la sagesse. Son initiation allait le changer, le transformer, l’élever au rang des adultes :  chef guerrier, sage et Chaman.
        Pendant quinze jours et quinze nuits, il devait se mesurer à la Nature, en domptant sa peur, en plongeant au fond de soi pour une sorte de mise à jour de ses sentiments, ses sensations, sa haine, son amour, sa cruauté, sa générosité,… TOUT Y PASSERAIT ! Comme un diagnostic médical général. Sa mission était cela. Elle lui incombait par la décision des sages de sa tribu : lui, l’élu, parmi les jeunes.

       CABANGA, en ce stade initiatique, était au bord de la rivière sacrée, au coucher du soleil, à la quête d’un abri nocturne, pour ainsi, se protéger de l’orage qui s’annonçait et des animaux sauvages qui devaient rôder, toute la nuit, à la recherche d’une nourriture.

       Perché, et à califourchon, sur une branche d’un baobab centenaire. Ce fut là le lieu où il choisit d'élire domicile pour la nuit, loin des siens et des vivants parmi son espèce. S'il avait faim, il pouvait toujours se nourrir de ses fruits ovoïdes, ces (pains de singe), très connus chez lui.

       Pourrait-il dormir ? Non, le sommeil paraissait loin encore de ses préoccupations immédiates.

       Il avait à penser à ce choix et à méditer longuement sur sa décision de rester parmi les siens, perpétuant par cet acte le legs des aïeux et honorer la mémoire des ancêtres. Pour lui, il le savait déjà et allait en avoir le cœur net. Une certitude : ne jamais aller s’installer en ville afin de ne jamais souiller son âme par la magie du monde urbain, ni rêver, comme le faisaient certains jeunes de son village, quitter la tribu, le pays, l’Afrique pour prendre les barques de la mort aux mers lointaines, ou errer comme une hyène dans le grand désert, en se faufilant entre les frontières des pays du Nord, tomber dans l’oubli des siens et subir la malédiction des mages de sa tribu.

     Non, pour lui, ce rêve-là, celui de vendre son âme  au mauvais esprit Blanc, ne le tentait pas.

     Pauvreté, parmi les siens valait mieux qu’une richesse chez les étrangers.

        Lui, Cabanga, le négro-africain, riche de son patrimoine, de son Histoire et de sa négritude spécifique. Voilà, se disait-il, sa vraie voie vers la sagesse.

        Être arbre africain et le rester indéfiniment, pour toujours, sur sa propre terre. Connaissant chaque pierre, chaque plante et sachant leurs secrets dans la multitude des variétés utiles et nécessaires à la survie dans cette partie du monde, en vénérant la Nature, comme mère procréatrice et nourricière.

        Sur le coup, il se souvint d’une histoire qui lui fut racontée par son grand-père, un soir d’hiver, autour d’un foyer de feu, relatant l’arrivée des Blancs en leur oiseau de fer, dans la savane, afin de chasser les éléphants pour leur émail, les lions pour leurs pelage et toison et les rhinocéroces pour leur corne. Ils finirent par trouver l’exotisme des lieux à leur goût et s’installèrent dans le pays, après avoir chassé les habitants autochtones de leur terre natale. Voilà leurs bienfaits, eux, les Blancs. Alors, ce n’était pas maintenant qu’il fallait aller quémander à leurs portes !!!

       Rester ici et garder la mémoire des siens étaient bien là l’objet même de son initiation et le sens de la responsabilité qui allait peser sur ses épaules. Il en était bien conscient, si fier, ne serait ce qu’en ce moment où il pensa à tout ça, perché sur son arbre, admirant la beauté magique du ciel où des milliers et des milliers de perles scintillaient, avec, à l’horizon, déjà, l’Etoile du Berger illuminant l’espace, tel un phare annonçant l’approche de l’aube.

       Capter cette magie nocturne en ces lieux luxuriants, loin des humains, proche de la Nature, où foisonnaient la flore et la faune, ne pouvait être qu'un privilège pour lui, en quelque sorte, et lui soufflait le message de la fierté et du courage. Il n’avait plus aucune peur.

       Sa méditation se renforçait par la mémoire, par le souvenir et par la projection dans le futur proche et l’avenir lointain.

       Des jours passèrent, des nuits suivirent, les mêmes rêves, les mêmes méditations, les mêmes réflexions, les mêmes alertes et les mêmes préoccupations, jusqu’au lendemain du dernier jour où il sursauta avec l’élan svelte et véhément d'une gazelle. D’un geste, il se détacha de la haute et grosse branche, sa literie préférée, à laquelle il se recroquevilla en s’y accrochant des bras et des jambes. Ce fut tout un art de connaisseurs.

       D’un saut si habile, il se trouva au milieu du tumulte. On l’embrassa de partout, on le touchait de tous les côtés, pour ainsi avoir une sorte de bénédiction. Sa mère, ses tantes, étaient toutes fières, semblaient préoccupées, d'abord, par sa santé et puis, heureuses, elles lancèrent leur long youyou de joie et de bonheur d’avoir, enfin, leur ÉLU. Brandissant tout en dansant leurs fétiches de la tribu.
       Les sages, en demi-cercle, entourés des deux côtés, des hommes du village, suivaient avec intérêt la scène, tout en échangeant des propos de satisfaction. Le Chaman, quant à lui, acquiessait, en recevant les félicitations, fusant de partout. Il devait penser déjà à la cérémonie qui allait suivre cet événement solennel et les festivités  qui dureraient trois jours et trois nuits de suite. Cela se clôturerait, dans le respect total des traditions, par les noces avec la cousine aînée, dans la case nouvellement construite , pour cet effet, non loin  de la sienne.
       Ainsi, Cabanga fut annoncé officiellement et solennellement : Jeune Chaman de la tribu du Tigre de la savane. Il portera ce titre avec celui du Totem du village : Le Chaman -  Tigre, pour le restant de sa vie!
       Des générations et des générations se raconteront certainement cet avènement et deviendra peut-être même un mythe. Celui du Chaman - Tigre ! ! !

                                             Abdelmalek AGHZAF,

                              Fès, le31/08/2008, réédité, le 08/03/2014.                                                      













                                

                                                                                                                                               

     

















































mardi 4 mars 2014

Cerises: merveilles!: Nouvelle inédite : L'inceste

Cerises: merveilles!: Nouvelle inédite : L'inceste:                                                                             Nouvelle :                                                  ...

samedi 19 janvier 2013

Contes du Moyen Atlas : Aït Ishaq'..la superstitieuse,...

Title : Aït Ishaq, la superstitieuse,...
Category : Chronique du passé
Contents : Outre les espiègleries de l'enfance, nous gardons, pour toujours, des souvenirs très marquants de ces hauts-lieux du Moyen-Atlas, où nous avions vécu une phase importante de notre puérilité pure, naïve et limpide.
    Zaouyat Aït Ishaq,
    Coin, presque perdu, du Maroc profond, où le Temps n'avait pas la même notion, comme partout ailleurs. Tout y relevait du mythe.
    Les Sept collines où perchaient des mausolées rustiques, parfois délabrés, de quelques marabouts, dont on ne savait rien, ni d'où ils venaient, ni de la nature de leur *Baraka*, sauf les noms qui les distinguaient : Sidi Mimoun, Sidi Zekri, Sidi Amhaouch,....
    Comme par hasard, tout autour de chaque édifice "sacré" il y avait son propre cimetière et que la bourgade rassemblait des gens de tribus diverses.
     Une fois, on creusa un tombeau pour y ensevelir un vieillard qui vint de mourir. On allait le mettre dans le trou, quand un des vieux sages tribaux vint s'interposer, en laissant comprendre à l'assistance funèbre que le mort n'appartenait pas à telle tribu et par conséquent sa place n'était pas dans ce cimetière, il fallait lui creuser un autre trou, plus loin, sur le versant de la colline qui dominait l'entrée du village, ce qui fut fait sans faute, mais non sans difficulté.
      Par ailleurs, près des mausolées, il y avait toujours quelques vieux oliviers sauvages qui frappaient le regard du visiteur étranger des lieux par les morceaux de toile de toutes les couleurs, suspendus des branches, des amulettes, parfois même, quelques tresses de cheveux de petites filles ou de jeunes filles vierges,...ou de femmes veuves en détresse,....
       À l'intérieur des bâtisses, près du tombeau en terre du dit marabout, étaient déposées quelques bougies, pas toutes droites, à cause de la chaleur et du temps qu'elles durent passer là, par moment, on trouvait quelques pièces d'argent, déposées en offrandes pour avoir la bénédiction du Saint.
      Ainsi, malgré l'arrivée de l'islam, il y avait toujours la persistance de ces croyances païennes du pré-Islam dans ces contrées lointaines, contrairement aux grandes Cités, aux centres urbains où la civilisation prenait forme avec le temps qui changeait et passait.
       Bien que les habitants de la Zaouyat n'aient été pas tous des descendants des tribus environnantes et quoique la route secondaire (sur 7 km) ait été reliée (par les Colons) à la route principale qui allait de Fès à Marrakech via Khénifra et Béni Mellal, la population semblait vivre en autarcie sinon recluse sur elle-même, au grand dam du Makhzen, tout un univers de superstitions étalait son ombre sur l'esprit des gens. Tout un brassage des trois religions(l'islam, le Judaïsme, le Christianisme) et le paganisme ouvraient l'esprit des horizons mystiques insoupçonnables où la magie, la sorcellerie, la métaphysique l'emportaient plus sur autre chose.
       On entendait parler de déambulations nocturnes de la mythique "Mule des tombeaux" qui passait, la nuit durant, à visiter le patelin, d'une rue à l'autre, frappant la porte de l'un, griffonnant la fenêtre de l'autre et le lendemain, la nouvelle circulait qu'un tombeau aurait été profané la veille, qu'une main (ou un bras ou avant bras) de mort fut découpée ou arrachée.
         On savait que les filles de joie se consacraient à certaines pratiques sataniques.
         Ces filles de joie ( "animatrices sociales", aujourd'hui!) faisaient peur par le tatouage qu'elles portaient sur le visage et à l'avant-bras et par toutes ces histoires extraordinaires tissées autour de leur personne et de leur vie, en général. Pourtant, elles n'étaient pas toutes "sorcières" ni amies du "D'jin". Elles étaient bonnes et généreuses, humaines et serviables. Elles tissaient de très bonnes relations avec les voisins, avec des familles notoires et respectées et même compatissantes envers les personnes défavorisées. D'où elles finirent par gagner le respect de tous!
        Certes, quelques-unes parvinrent même à devenir des Divas de la région, sinon du pays en entier. Elles marquèrent leur époque, une fois devenues "Chikhates". les maisons de disques se les disputaient !
         Ce fut le temps des radio-transistor et des radio-cassettes !
   
             Abdelmalek Aghzaf , Fès, le 13/01/2013.

Created : 2013-01-13 09:53:30
Edited : 2013-01-18 17:15:48

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