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mardi 4 mars 2014

Nouvelle inédite : L'inceste

                       

                                                    Nouvelle :
                                                                      L'INCESTE

            Des confins d'une oasis, où, a cause de la rareté des pluies, la terre devint si avare et le travail se fit rare. Hmad décida, ce matin-là de migrer vers une autre contrée où la vie pourrait être plus clémente et plus généreuse.
            Il ne savait ni lire ni écrire. Il n'avait de science que la connaissance des différentes espèces de palmiers dattiers, des diverses appellations de dattes. Il acquît le savoir, de père en fils, de ce que donnait la terre, dans ce coin retiré du Maroc, où le désert était de tout temps une menace inéluctable.
           Arrivé à Fass, il s'installa dans le quartier populaire de Boutouil. Très vite, il fit connaissance d'autres personnes, d'autres familles sahraouies, venues et établies, des dizaines d'années déjà.
           Un jour, il fut convié à une fête de mariage d'un cousin lointain. Comme il accompagnait le cortège qui allait demander la main de la jeune femme à marier, dans le brouhaha, le you you des femmes , les chants consacrés à la "Hdiya" : cadeaux des fiançailles et les danses, dévalant les ruelles étroites de la médina, comme le demandaient et l'exigeaient la coutume et les us d'alors. On lui passa un tambourin pour élever la cadence et mettre de l'ambiance. Hmad joua, comme il ne l'avait jamais fait auparavant.
           Ainsi acquit-il la renommée du meilleur " tambouriniste " du moment. Il devait être invité aux festivités des mariages et des circoncisions.
           Il devint : " Bibouch Dquaïqui "
           Des années passèrent. Il oublia sa contrée d'origine et sa femme aussi, avec qui, on dut le marier à un âge précoce, au bled. Ils n'avaient que quinze ans !
            Il eut son domicile fixe, se lia d'amitié avec la quasi totalité des habitants de Fès - Ejeddid. Il commença par bien faire des entrées d'argent. C'est dire que la cité de Moulay Driss : Fass était bien généreuse pour qui savait faire le bon salut sur Sidna Mohammed.
            Ses amis les plus intimes, le voyant ainsi devenu prospère, lui conseillèrent le mariage, suivant la Sunna et la Chariaâ, afin d'éviter la voie d'Iblis et lui intimèrent le meilleur parti de choisir une jeune fille d'une des familles de sa même contrée. Ce qui fut fit !
             En ce temps - là, les prétendants au mariage ne pouvaient ni avoir vu, ni avoir connu leur élue. Cela se faisait, les yeux fermés, le cœur plein de foi et l'esprit, aussi cartésien il ait été, se fiait candidement aux conseils des proches, des amis et des mères.
             Un bon mariage, comme  Hmad ne pouvait se l'avoir imaginé, lui, le sahraoui ! Il ne pouvait avoir à en rêver, s'il était resté dans sa lointaine oasis.
             Les jours passèrent et HMAd, de prospérité en célébrité, de bonheur en extase,  avec sa jeune épouse. Ils s'aimaient et se partageaient tout. Tous les secrets de leur vie antérieure, jusqu'au jour où l'impensable, l'inimaginable arriva. Durant une de ces soirées calmes, sereines et romantiques, de question en réponse, il allait apprendre ce qui changerait totalement sa vie.
             La jeune fille qu'il prit pour épouse n'était autre que sa propre fille !
             Oui, elle était le fruit d'une relation furtive et extra conjugale, dans le secret des Kasbahs et des ombrages des palmiers de son oasis d'antan.
             Que faire ? Surtout pas forcément raconter cela, ni à la famille de sa jeune femme, ni à ses proches, ni à ses amis, les plus intimes. Pas question !
              Il alla se confier à un Aâlim de la mosquée avoisinante et lui demanda conseil.
              L'Aâlim trancha sans détour aucun :
              - Ta fille, " Ton ex-épouse ".  Tu ne la verras plus jamais. Suivant les commandements de Dieu, tu finis avec le tambourin. De ce jour et jusqu'à la fin de ta vie, tu serviras de l'eau à boire aux fidèles entrant à la mosquée et en sortant. Ce qui fut fit. Pour, ainsi te purifier du péché de l'inceste.
               Les voies du Seigneur sont toujours impénétrables. Dieu a des "ayats" en sa création.
               La prostitution est un péché, pour les malheurs qu'elle cause à la société, comme à la famille, dans sa sobriété, quoi qu'elle soit le vieux métier du monde !

                      Abdelmalek Aghzaf,
                                                        Fès, le 04/03/2014

             

              

dimanche 17 février 2013

À chacun son Dieu, Bouchraâ a le sien,

    

    Nouvelle :

                              Chacun a son Dieu, Bouchraâ a le sien,

    Ce jour-là, en pleine cuite nocturne, Bouchraà insulta la bouteille de vin à moitié vide et de son crachat saliva le "Chaud Soleil".
    Il décida subitement de finir avec l'alcool et d'aller à la Mecque, laver ses os avec de l'eau bénite de "Zamzam" des péchés qui auraient collé à son corps et souillé son âme. Lui, qui avait délaissé sa femme et ses six enfants pour épouser la bouteille et enlasser les filles de joie dont il se lia en mariage -éphémère - quelques unes, par coup de foudre ou par ce plaisir insatiable de la bonne chère, du vin et du bonheur charnel,...
     Aujourd'hui, il décida d'en finir avec toute cette débauche et retrouver enfin la voie du repentir.
     On lui organisa une de ces fêtes fastes et grandioses où les tribus des Marmoucha y participèrent avec leurs tentes, tapis, folklore, chants et danses l"Ahidouss".
   C'est dire qu'ils fêtaient un notable(chef des forestiers!) Doublé d'un des leurs, puisque Bouchraà descendait des tribus d'Azrou.
   On monta deux grandes tentes"Zayanes", l'une pour les notables et les officiels, l'autre pour le petit peuple.
   Ainsi, on pouvait bien profiter des chants, des danses et ,...du Whisky, dans l'une et dans l'autre, se prosterner devant les litanies ressassées des "Tolbas" récitant la parole divine du Saint Coran, à longueur de la fête des trois jours. Il y avait deux groupes qui se relayaient indéfiniment, pour ainsi finir les cent quatorze "Sourates" du Coran. La "Salka" comme on disait.
   Pour le simple passant observateur, il y avait là comme qui dirait une sorte d'image métaphorique de la vie sur terre et celle de l'outre tombe ! On pensait aux plaisirs d'ici-bas et on avait, quand même un regard sur l'au-de-là...
   Les ans passèrent, on perdit de vue L'Hadj Bouchraà, quand un jour, alors qu'un ami intime à lui, se promenant au boulevard Mohamed v, à Fès, le rencontra et l'invita à prendre un café à la terrasse de "La Renaissance". Seulement, à sa surprise, il se laissa inviter à prendre un pot au bar-restaurant "La Chope".
   La surprise fut plus grande quand Bouchraà "L'Hadj" demanda :
   -Un double Whisky, pour moi !
   -Et alors, l'Hadj, tu as bien fait le pèlerinage et maintenant tu reviens à l'alcool?!?
   -Oh, tu sais, mon cher ami, moi, je suis allé à la Mecque rendre à Dieu ce qui appartient à Dieu. Comme ça, maintenant, je suis plutôt libre comme le vent de l'Atlas.
   Reprenant son périple de fêtard, il ne ratait jamais les occasions d'une orgie dionysiaque ou de nuits bacchanales chez les filles de joie bacchantes, un peu partout dans les villages de l'Atlas, jusqu'au jour où il rendit l'âme, abdiquant, enfin à la force et à la loi inéluctables de la vie et de la mort sur terre.
   En effet, il y a une fin à toute chose, bonne ou mauvaise!
     
        Abdelmalek Aghzaf  Fès, le 14/02/2013
                                                             Pour la Saint Valentin!

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